L’attente

Sur des terres lointaines, l’histoire d’un espoir.

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Tu m’as quitté il y a plusieurs mois, dans la précipitation et sans prévenir. Je continue pourtant d’exister, animé par une seule obsession : te revoir une dernière fois avant de m’éteindre à jamais.

J’aimais te voir le matin, au réveil. Si belle que je peinais à croire que tu étais toute à moi. Si radieuse que tu réchauffais mon cœur et mon âme en un instant.

Dorénavant, dès que j’ouvre un œil, il ne me tarde que de regagner la couche du soir. Je n’ai rien à espérer de mieux, si ce n’est ton retour, que le maigre confort de mon abri une fois que je serai de nouveau allongé à l’intérieur. Ma journée ressemble à une sombre traversée du désert. Tout s’est éteint autour de moi, et en moi. Je hante les profondeurs de mon esprit en repensant au temps où tu étais à mes côtés. Existence noircie.

Combien sommes-nous à souffrir de ton absence ? Ici, dans les latitudes s’étendant du cercle arctique au pôle Nord, tous les humains passent près de la moitié de l’année à attendre ton retour pour célébrer la renaissance du monde.

Lumière du soleil, tu es toute ma vie.

Mon nom est Vadim, ancien chef Évène. J’ai tout quitté il y a quelques mois : mon peuple, ma vie de nomade, ma harde de rennes. J’ai tout échangé contre la sédentarité de ma cabane et la compagnie du silence. Je suis parti dans le but de ne pas devenir un poids pour ma tribu : je transporte dans le cœur le souvenir de ceux que j’ai aimés, mais dans le corps une maladie inconnue et incurable. La Yakoutie m’a fait naître et grandir. Elle me voit aujourd’hui décliner avec plus de violence que n’en est capable le vent les soirs de tempête, lorsqu’il vient frapper les sapins voisins de mon campement.

J’ai longuement patienté dans la nuit polaire. Désormais rendu à une évidence qui me déchire, je sais que j’ai attendu un retour qui n’aura jamais lieu avant que mes dernières forces ne me quittent. Je crois entendre les plaintes d’un renne résonner au fond de la vallée. Ce sont celles de mon cœur qui saigne une dernière fois. Perdue au milieu des Monts de Verkhoïansk, ma cabane m’accueille pour une nuit éternelle.

Lumière du soleil, tu étais toute ma vie.


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