Il va naître ici ou là, sur cette feuille de papier. Cette surface plane, ce simple rectangle, représente son univers tout entier.
Dans cet univers, où va-t-il se dévoiler et sous quelle forme ? Il ne le sait pas. Conditionné par son dessinateur, il est tributaire d’une volonté qui lui échappe. De cet univers, il ne pourra d’ailleurs jamais sortir. Qu’y a-t-il au-delà de ces quatre frontières ? Le grand saut vers l’inconnu, il ne connaîtra jamais.
La mine de crayon glisse sur le papier… il apparaît enfin. C’est alors qu’il commence une longue prière pour sa pérennité. Il sait qu’à tout moment, il pourrait être balayé d’un coup de gomme. Heureusement, pas cette fois.
L’imagination de son créateur continue et le dessin grandit. Mais, lui n’évolue pas. Pire : il se fait oublier. Tel le premier arbre à l’origine de la forêt, il se retrouve dissimulé au milieu de ses semblables et passe dorénavant inaperçu.
Le dessin est maintenant terminé, il peut enfin se reposer. Les années passent.
D’autres années passent. Elles font jaunir le papier. Encore des années. Le papier commence à se décomposer. Dernières années. Le papier finit par disparaître et emporte avec lui notre héros anonyme. Sur l’échafaud du temps, la guillotine a sévi.
Si fragile était-il, il était très précieux. Car il était le premier. Le premier trait.





























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