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Depuis Paris, un souvenir du bout du monde aux dimensions multiples.

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C’est en une journée froide et presque pluvieuse qu’il décida de se rendre à cette exposition. Bercé par le métro dans sa traversée de la capitale, il s’imaginait déjà transporté sur les traces de la peinture aborigène avant même d’avoir atteint le musée.

Une fois à destination, au fur et à mesure des découvertes artistiques dans la salle en forme d’escargot, le jeune homme se construisait une spirale imaginaire pour remonter le temps et toucher enfin la main des doyens du monde.

En plongeant dans une iconographie à la complexité symbolique aussi mystique que spirituelle, il se noya dans une forme de rêve semi-éveillé, puis commença à se remémorer.

Quelques mois auparavant, il avait déjà eu la chance de se rapprocher du peuple racine. En effet, de l’autre côté de ce monde, les latitudes australes l’avaient accueilli sur des terres millénaires, là où les Hommes n’ont jamais vécu autrement qu’à travers une relation profonde avec Mère Nature.

Quand le jeune homme s’était appuyé sur le rocher sacré, silence fut fait pendant de longues minutes. Il avait pris le temps de penser aux cinquante mille ans de prières aborigènes qui avaient traversé cette montagne de grès, merveille érigée au centre de l’île-continent. Une larme avait coulé sur sa joue.

À la tombée du jour, Uluru s’était laissé percuter par les derniers rayons du soleil. Sa teinte orangée fut très lumineuse, pareille à des flammes. Un immense feu éphémère venait d’apparaître dans ce désert.

À ce moment-là, observant le spectacle en convoquant toute sa foi, le jeune homme avait espéré au plus profond de lui qu’un autre feu pourrait perdurer, lui, jusqu’à la nuit des temps : celui des traditions aborigènes. Il savait pertinemment qu’un fléau encore plus puissant que l’oubli était capable d’abattre ce peuple : l’adaptation au monde moderne.

Finalement, le soleil passait la ligne d’horizon, peignant Uluru d’une ultime nuance, bien plus sombre et ambrée : il était temps pour lui de vêtir ses habits de nuit. Après avoir laissé transpirer ses derniers reflets, le monolithe géant s’était paisiblement endormi. Ce soir-là, il accueillait une prière de plus.


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