San Francisco : une porte de l’océan, une autre mesure du temps. Une ville où le passé se vit dans le présent, le présent ne dure jamais bien longtemps et l’avenir se prépare dès maintenant.
Dernière étape au bout de la baie qui porte son nom, San Francisco apparaît comme le cadeau que l’on a tant attendu. Un cadeau précieux que le Golden Gate Bridge surveille fièrement depuis ses hautes tours. Bien droit et immobile, les pieds plongés dans l’océan, le voilà gardien pour l’éternité.
Le Pacifique embrasse la ville en trois points cardinaux, lui imposant des limites géographiques. Les seules limites qui existent à San Francisco. La belle américaine s’est en effet révélée comme un lieu où les frontières de la réalité sont sans cesse repoussées par celles des rêves. San Francisco abreuvait autrefois des générations d’hommes assoiffés d’or et prêts pour la grande aventure. Elle nourrit aujourd’hui d’autres générations qui font de l’innovation leur pain quotidien. De nos jours, on ne creuse plus le sol, on creuse les idées : les nouveaux trésors précieux se situent dans les esprits des jeunes entrepreneurs prêts à changer le monde. Sous le soleil de Californie, les petits génies d’internet ont les cerveaux en ébullition.
De l’autre côté du centre-ville, on ne cherche pas à faire avancer le monde, on essaye de le rattraper : c’est ici que survivent « les oubliés ». Ces sans-espoirs venus à San Francisco pour tenter d’en retrouver un peu se font remarquer par leur démarche hasardeuse. Les têtes en l’air et le regard vers le ciel, ils observent le drapeau américain flotter au vent. Ils comprennent surtout que le vent ne souffle pas dans la même direction pour tous les hommes. États-Unis, un système qui vous porte vers le haut ou vous déporte sur le côté.
La journée à San Francisco débute lorsque Market Street commence à s’animer : sur l’artère principale, les bureaux et les boutiques font leur ouverture et le chassé-croisé entre touristes et travailleurs commence. Les uns sautent dans les cable cars centenaires à Powell Street pour gravir lentement les collines de la ville, les autres se retrouvent sous terre et filent à toute allure en métro dernier cri. Les vacanciers auront atteint le haut de la colline au moment où chefs d’entreprises et investisseurs seront déjà dans leurs bureaux, de l’autre côté de la baie, à compter en millions de dollars.
Plus tard dans l’après-midi, tout le monde est en réunion : pendant que les entreprises sont en comité exécutif, les touristes sont regroupés en convoi à Fisherman’s Wharf et cherchent dans quelle boutique dépenser leurs dollars. Une fois leurs sacs remplis de souvenirs dont ils n’avaient même pas imaginé l’existence, ils repartiront dans le bus à double étage qui les promène aux quatre coins de la ville. Mais, avant cela, passage obligatoire au bout de la jetée pour aller observer les otaries qui vivent là, en harmonie et en cacophonie. Nos touristes rient fort et applaudissent les otaries. Quand ce ne sont pas les otaries elles-mêmes qui applaudissent le spectacle.
En fin de journée, les vacanciers ont accompli leur mission et sont de retour à leur hôtel pour un briefing indispensable : préparation du plan de bataille pour la journée du lendemain. C’est au même moment que les habitants reconquièrent la ville : ils vident les bureaux pour remplir les cafés et les bars. Ils se retrouvent entre amis pour boire un cappuccino ou une bière à Haight Ashbury, entourés des hipsters qui perpétuent la Beat Generation et font revivre Jack Kerouac dans chaque nuage de fumée d’une herbe presque légale. Enfin, ils terminent leur journée dans Mission District, où ils libèrent leurs dernières énergies sur les dance floors des clubs du quartier. Avant de rentrer se coucher, bref détour par une taqueria pour avaler un burrito, bien utile pour absorber les résidus d’alcool et éviter le contre-coup le lendemain.
Entrepreneurs à succès ou sans-abris déchus, touristes en balade ou travailleurs presque toujours concentrés, la ville regroupe donc des populations très contrastées, auxquelles s’ajoute la multitude de groupes ethniques formant ce grand mélange.
Le jeu des contrastes s’opère aussi au niveau des quartiers puisque chaque partie de la ville représente un petit univers à part entière. San Francisco, c’est donc un peu tout cela à la fois… mais surtout bien plus.
Celui qui cherche à résumer cette ville est déjà en train de faire une erreur. Celui qui cherche à lui donner un surnom aussi d’ailleurs. Cette terre de contrastes, cette ville d’un bout du monde, c’est San Francisco. C’est ici que je compte écrire le prochain chapitre de ma vie.





























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